L’Ayurveda et le Yoga définissent un état de santé optimale


Pour Hildegarde de Bingen, être en bonne santé ce n’est pas seulement ne pas être malade. Être en santé, c’est déborder d’énergie, avoir le sourire, cultiver la sérénité et se projeter dans l’avenir. Cette définition qui remonte au Moyen-Âge, fait écho à celle qui est proposée par la philosophie du Yoga : un état de forces expansives qui permet de vivre le quotidien dans l’enthousiasme et avec la sérénité que donne le calme du mental. L’Ayurveda qui appartient au même système philosophique, apporte des soins capables d’aider une personne à retrouver un lien harmonieux avec son environnement.

Quels sont les moyens dont l’Ayurveda dispose pour aider la personne à retrouver cet état d’harmonie perdu ?

 La motivation est à la base du système puisque c’est la personne malade qui se guérit : le médecin n’est là que pour proposer des soins et les ajuster. Il dispose pour cela d’un outil de diagnostic dont les dix données de référence sont indiquées dans leur ordre d’importance. Nous détaillerons ici les deux premières.

 

1)    Dushya : se réfère à la localisation d’une maladie dans un tissu. Les tissus sont solidaires, ils se nourrissent l’un l’autre. La lymphe résulte de la nourriture digérée et apporte les nutriments au sang,  aux muscles et ainsi de suite pour les tissus suivants : la graisse, les os, le tissu nerveux et le tissu énergétique ou sexuel. Trente jours sont nécessaires pour que la nourriture soit affinée au long de ces sept étapes. Si l’un des tissus subit un déséquilibre en carence ou en excès d’alimentation, il en résulte des symptômes qui ont été détaillés très précisément[1].

 

2)  Dosham : Les maladies résultent de conduites inadéquates en matière de nourriture ou de boisson (et parfois d’accidents). Elles génèrent des déséquilibres en rendant excessive l’une des trois forces suivantes :

 

  • VATA : La force vitale ou cellulaire qui soutient les différents éléments du corps et détermine leur mouvement (urine, selles, transpiration) ou leur multiplication (les cellules – depuis la forme initiale de l’embryon dans la matrice). Vata est aussi la cause première de l’audition et du son, de l’odorat et du toucher. En cas d’excès, Vata occasionne sécheresse, maigreur et anxiété.
  • PITTA : La force qui procède à la digestion (suc gastrique, bile, suc pancréatique) et régule la chaleur issue de la combustion digestive. La perception des stimuli lumineux par l’intermédiaire des impressions sur la rétine et les diverses fonctions du mental relèvent aussi de son domaine d’action ainsi que le métabolisme de la peau et des muscles. Enfin, la couleur rouge du sang issu de la lymphe est aussi un processus Pitta. En cas d’excès, Pitta occasionne une chaleur excessive : physique (la fièvre) ou psychique (colère, etc.)
  • KAPHA : La force rafraîchissante dont la fonction est de produire des sécrétions huileuses qui nourrissent les membranes des muqueuses (bouche, passages respiratoires, yeux, estomac, articulations,…). C’est une force de conservation de la santé qui est visible dans la force des membres. Elle est réputée donner du courage et de la virilité. A l’excès, elle produit des excédents de mucus dont le symptôme le plus courant est le rhume.

 

L’alimentation adaptée aux besoins spécifiques de la personne permet de prévenir l’excès qui, chez elle, risque de survenir rapidement compte tenu de sa nature.

 

3)    Belem : La vigueur. Il s’agit de celle du patient et de celle de la maladie.

4)    Kalam : Le temps. La journée et la nuit se décomposent en trois moments :

  • Ce qui débute relève de Kapha : le matin, le début de nuit, le printemps, etc.
  • Ce qui arrive à maturité relève de Pitta : le zénith, le cœur de la nuit, l’été, etc.
  • Ce qui se termine relève de Vata ; la fin du jour ou de la nuit, l’automne, etc.

Ces divers moments interviennent dans les conseils donnés : l’importance des repas, les moments de prescription ou de massage, etc.

5)  Agnilam : Les feux. Il s’agit en particulier de la digestion et de la production enzymatique du foie ; mais aussi du métabolisme cellulaire. Savoir si ces feux sont assez puissants est récurrente.

6)   Prakriti : La nature qui se manifeste dans le corps physique par les nadis, courants énergétiques et nerveux, que l’on examine avec le pouls.

7)   Vaya : l’âge du patient qui intervient dans l’interprétation des doshas puisque, généralement, Kapha domine dans l’enfance, Pitta dans l’âge adulte et Vata dans la vieillesse.

8)    Sattvam : les trois gunas psychiques (Sattva – sérénité ; Rajas – action ; Tamas – inertie) sont observables par la force mentale ou l’impact des émotions du sujet.

9)    Satmya : les habitudes de vie. Les heures du lever et du coucher déterminent la qualité du sommeil. Les heures des repas et leur régularité déterminent la qualité de la digestion et la préférence entre sucré et salé, chaud ou froid, … L’heure de la selle quotidienne, sa régularité. Le climat de la région où l’on vit, de la région où l’on est né…

10) Aharam : Le rapport entre quantité et qualité des doshas, de la nourriture et du sommeil.


La personne ne se guérit pas seulement en suivant le traitement proposé : le travail sur soi induit par la maladie est également nécessaire. Les différentes  qualités suivantes sont requises pour cela :

  • la patience nécessaire à l’expérimentation des conseils prodigués ;
  • la constance dans leur observance dès lors que l’on a pu en expérimenter les bienfaits ;
  • l’introspection, le pranayama et la méditation pour résoudre les diverses empreintes psychiques révélées par la maladie.

 

Avec cette troisième proposition, on rentre dans le champ spirituel, celui du Yoga dont le système est une école spirituelle complète. La santé optimale proposée résulte de son apprentissage.

Comment le Yoga peut-il proposer cet objectif ambitieux de la santé optimale ?

La méthode est décrite dans le texte très connu des Yoga Sûtras de Patanjali écrits aux temps de Jésus-Christ. Il s’agit d’une suite d’aphorismes composant un système cohérent qui touche à la fois les domaines physique, psychique et spirituel. Ces préceptes ne sont pas originaux : on les retrouve dans bon nombre de textes antérieurs, appartenant au Veda ou à d’autres traditions. L’originalité réside dans la compilation mise à la disposition des sannyasin (toute personne se dédiant totalement à la pratique du Yoga dans le but de se libérer du cycle des souffrances). Le chemin est balisé par huit étapes dont les cinq premières sont indispensables à la réalisation des trois suivantes :

5 étapes préparatoires ou externes :

  1. Yamas : règles de retenue ou de maîtrise de soi, discipline sociale.
  2. Niyamas : code éthique personnel.
  3. Asanas : positions ou postures corporelles.
  4. Pranayama : maîtrise de l’énergie vitale, du souffle.
  5. Pratyahara : retrait des sens.

3 étapes élevées ou internes :

  1. Dharana : concentration.
  2. Dhyana : méditation, au sens traditionnel du mot.
  3. Samadhi : processus de plongée dans les couches profondes du mental pour atteindre à l’identification avec la conscience pure.

Lorsqu’on se soumet aux règles morales et éthiques proposées, on se libère d’un grand nombre de soucis du quotidien. Les asanas proposent une remise en forme du corps en même temps que l’expérimentation du calme du mental dans une action physique. Le pranayama invite à transmuter les empreintes psychiques anciennes ou/et récentes.  L’expérience du pratyahara permet de mettre de la distance entre les objets des sens et la sensation ressentie (par exemple : entendre du bruit sans en être affecté soit, parce que l’on s’en est « distancié », soit, parce que l’on a « débranché » sa réception dans le mental).

A ce stade, le calme du mental et la force physique acquis permettent de connaître un état de santé optimal. Les trois étapes élevées permettent d’accéder à des expériences spirituelles de haut niveau. Si les Yoga Sûtras ne répondent pas toujours de manière suffisamment détaillée à la question du « comment s’y prendre », les personnes qui pratiquent le yoga peuvent se référer à d’autres textes qui les complètent : les Upanishads, par exemple. Comme on le voit, la motivation est nécessaire tout au long de ce chemin dont chacun est le maître d’œuvre pour lui-même.


[1] Ashtanga Samgraha – compilation la plus récente de textes autrefois transmis oralement.

tiALLE© Brigitte MARTIN 2015