L’Ayurveda, équilibre et santé à l'indienne


De l'Ayurveda, on ne connaît souvent que les massages des spas et instituts. En fait, c’est l’une des plus vieilles médecines du monde et même un art de vivre, en Inde. L’ayurveda remonte aux temps védiques qui sont légendaires (5000 à 8000 ans avant notre ère). Les enseingements ont longtemps été transmis par voie orale et de maître à disciple. Les compilations écrites dravidiennes ou sanscrites sont datées entre 3000 et 1500 ans avant notre ère. En France, des professionnels qui s’inscrivent dans un cadre paramédical nous proposent des conseils diététiques ou de rythme de vie pour retrouver l’équilibre : vivre mieux et plus longtemps.

 

Née il y a plus de 3000 ans, l’Ayurveda[M1] , « science de la vie et de la longévité » en sanskrit, est à la fois une médecine et un art de vivre qui repose sur un principe simple : l’équilibre du corps et de l’esprit.

A la base, l’idée que tout ce qui existe est constitué de cinq éléments : la Terre, l’Eau, le Feu, l’Air et l’Ether (Espace ou quintessence). Ces éléments se combinent en trois « humeurs » appelés « dosha » qui se retrouvent dans l’ensemble du monde vivant : chez les hommes, les animaux, mais aussi dans les plantes et les aliments, et qui varient selon les heures de la journée, les saisons … 

  • Kapha représente l’Eau et la Terre, tout ce qui est posé, l’harmonie, la rondeur, la jovialité, mais aussi l’inertie et la lourdeur. C’est le dosha présent dans tout ce qui commence (matin, printemps, enfance, etc.). 
  • Pitta représente le feu de l’énergie et de la passion, mais aussi l’autoritarisme et la destruction dans ses excès. C’est le dosha de la maturité (midi, été, âge adulte). 
  • Vata est composé d’air et d’éther. Il est associé au mouvement, à la créativité, mais aussi au manque d’ancrage et à ce qui se termine ou se transforme (soir, automne, vieillesse).

 

La santé est un état où la Terre, l’Eau, le Feu, l’Air et l’Ether sont présents de manière harmonieuse et, au contraire, un dosha en excès est le signe d’un déséquilibre latent. Or, A l’origine de ces déséquilibres, on trouve : le stress, une alimentation inadéquate, l’âge, les changements de saison, ce qui entraîne des troubles de santé plus ou moins importants. L’Ayurvéda propose de renouer avec un nouvel équilibre de santé avant que le déséquilibre latent ne pose de réel problème : c’est avant tout une stratégie de prévention.

Pour préserver ou remettre d’aplomb ce capital bien-être, l’Ayurveda prend en compte l’individu dans sa globalité et son individualité en corrigeant les désordres possibles, par l’alimentation, les plantes, un rythme de vie mieux adapté, des massages et avec des postures simples de « hatha yoga » (littéralement ce qui relie la lune et le soleil) pour la sérénité de l’esprit. Petit tour d’horizon de cette science de l’équilibre avec notre experte.

 

A quoi sert un bilan ayurvédique ?  

Le but est de déterminer la constitution de base, puis l'état de déséquilibre éventuel et d'en trouver l’origine. « Chacun d’entre nous a en effet une constitution unique, mélange des trois doshas, dont un ou deux prédominent. En général, le ou les doshas dominants sont aussi les plus susceptibles de se développer en excès, donc de perturber la santé. Il faut donc adopter un mode de vie qui correspond le plus à notre nature. Par exemple, les gens à dominante vata, sont toujours en mouvement ; ils parlent beaucoup [M2]  et sont dotés d’une grande imagination. Mais ce sont de grands stressés, capables de tous les excès. Chez eux, trop de mouvements, de voyages, peuvent entraîner insomnie, anxiété, ainsi que des troubles du côlon, le siège principal de ce dosha. Pour rester équilibrés, ils ont besoin de calme, de chaleur et de régularité. Le but n’est pas de révolutionner d’un coup les habitudes de la personne mais de lui prodiguer des conseils adaptés pour que cela se fasse progressivement et en douceur ».

L’ayurveda peut-il soigner toutes les maladies ?

En Inde, l’Ayurveda est une pratique médicale comme les autres. Mais ce n’est pas le cas en France. A une ou deux exceptions près, les « éducateurs de santé », ne sont pas médecins. La consultation (en moyenne 60 à 80 €) n’est donc pas prise en charge et les praticiens dispensent des conseils d’hygiène de vie tout à fait personnalisés. Les séances comportent un aspect pédagogique important et ne peuvent pas se faire à la va vite. « Un bon éducateur de santé ne doit  jamais hésiter à orienter un patient vers un médecin. Notre vocation première paramédicale et de prévention. Il s’agit d’accompagner : 

  • en suggérant des modifications simples d’hygiène de vie  prévenir des troubles du quotidien fréquents (fatigue, stress, troubles digestifs, troubles du sommeil…) 
  • aider à limiter ou à mieux les supporter certains effets secondaires, soutenir le moral, en complément d’une prise en charge médicale, dans les pathologies plus lourdes.

 

Existe-t-il un diplôme ?

Ce métier peut être validé par un diplôme. Il existe en effet des écoles, tel l’Institut Européen d’Etudes Védiques, qui forment les praticiens. Mais beaucoup se forment aussi dans des écoles indiennes, auprès de médecins ayurvediques diplômés dans le cadre de l’Université Indienne. Pour trouver un praticien, reste donc le bouche-à-oreille mais il est préférable de consulter le site de l’Association des professionnels, Ayurveda en France qui ne recense que des professionnels formés.

 

Comment se déroule un entretien ?

Sur internet, on trouve des tests de constitution ludiques mais pas toujours fiables. Déterminer le dosha dominant est en effet un exercice complexe. Lors de l’entretien, tout commence par la prise de pouls qui donne un indice sur la nature d’origine. Mais l’essentiel du « diagnostic » repose sur l’observation. « Les doshas sont en effet caractérisés par dix paires d’attributs opposés : lourd, léger, chaud, froid, mou, dur, vif, lent, etc… C’est en observant la peau, les yeux, les ongles, la couleur du teint, la façon dont la personne bouge et parle qu’on les repère ». Ensuite, il faut s’attarder sur votre mode de vie, en déroulant en détail une journée type : à quelle heure vous levez-vous, que mangez-vous habituellement, quels moyens de transports utilisez-vous, quelles sont vos loisirs, à quelle heure vous couchez-vous ? De quoi faire le point sur ce qui vous convient et ne vous convient pas !

 

Comment corrige-t-on les déséquilibres ?

C’est par l’alimentation que tout commence car « bien se nourrir, c’est nourrir convenablement son corps et ses tissus pour ne pas « manger » son capital d’énergie vitale, explique Brigitte Martin. La diététique ayurvédique s’appuie sur trois valeurs : les saveurs (au nombre de six : le doux ou le sucré, le salé, l’acide, le piquant, l’amer et l’astringent) ; la polarité chaud-froid et la valeur de biotransformation qui va dans le sens de la saveur ou non».

C’est ainsi qu’en été, saison pitta, pour mieux supporter la chaleur, 

  • les personnes à dominante pitta doivent privilégier les aliments rafraîchissants et légers et de saveur amère. Les légumes à feuilles vertes, par exemple. Il leur est également proposé d’éviter le piment et le poivre, associés au feu mais dans une qualité lourde qui augmenterait encore Pitta. 
  • Alors que les personnes Kapha, sujettes à la rétention d’eau et aux digestions difficiles devront plutôt limiter les aliments sucrés, associés à la Terre et privilégier les saveurs épicées et asséchantes, réductrices des tissus, notamment au printemps. « Le corps et l’esprit doivent être en harmonie au moment des repas, il est donc conseillé de se mettre au calme et se libérer des émotions indésirables car l’anxiété et le stress perturbent le feu de la digestion. C’est ce qu’on appelle le yoga de la nutrition. »

 

Et les massages, en quoi sont-ils utiles ?

Les massages visent à faciliter la circulation des énergies et à les équilibrer. Leur point commun ? « L’utilisation d’huiles ou Sneha qui signifie « matière grasse », mais aussi « bienveillance ». En se massant soi-même, on entretient un rapport bienveillant avec son corps, on nourrit sa peau comme on nourrit son corps, rappelle notre éducatrice. Quant aux massages réalisés par des professionnels, ils permettent de travailler certains points d’énergie avec des huiles essentielles et un toucher adaptés. Pour Kapha par exemple, celui-ci sera énergique. Des frictions à la farine de pois chiche astringente, les dynamisent, stimulent leur circulation et ont un effet anti-cellulite. Pour Vata en excès, le toucher sera réconfortant avec une huile onctueuse et chaude, comme le sésame ou l’amande douce, ou encore en filets tièdes sur le front pour apaiser leur esprit sans cesse en mouvement. Et pour Pitta, ce sera l’huile d’arnica ou d’olive ou encore un massage des pieds réalisé avec un petit bol en métal pour évacuer le feu en excès ! »

Les plantes de l’équilibre

Vous êtes Vata ? Il vous faut de l’onctuosité et de la douceur pour calmer la zone du côlon. Le fenouil est parfait tant en infusion qu’en légume ! et du tilleul si vous êtes nerveux.

Vous êtes Pitta ? Des infusions rafraîchissantes et peu épicées, comme la menthe pouliot ou la verveine, vous conviendront très bien.

Vous êtes Kapha ? Pour vous, des infusions chaudes qui soutiennent la digestion : du romarin le matin et de la verveine le soir.

Vous êtes enceinte ou proche de la ménopause ? Il vous faut éviter les excès d’acidité, normalement évacués par les règles chez la femme, et qui font le lit de beaucoup de maladies. Pour vous, des tisanes anti acide qui stimulent le poumon, le foie et les reins : choisissez un mélange agréable au goût préparé par votre herboriste préféré.


Le Yoga d’un soir d’été

Et si vous profitiez d’une soirée de vacances pour vous ressourcer ?

  • Dînez tôt, puis massez-vous à l’huile de lavande, avant de vous envelopper dans un peignoir pour laisser votre peau et vos sens s’en imprégner. Ensuite, plongez-vous dans un bain et savourez ce moment, comme si vous vous laviez de votre journée. Couchez-vous avec le soleil.
  • Le matin, ouvrez les yeux avant le lever du soleil. Que votre premier geste soit un sourire au bonheur de vivre. Admirez le soleil levant, remplissez votre corps et votre esprit de lumière. Une bonne journée s’offre désormais à vous ! « C’est sûr, c’est un peu décalé par rapport à ce que nous vivons aujourd’hui, ajoute Brigitte Martin, mais c’est ça, l’ayurveda : une science des petits plaisirs quotidiens, un art de vivre ! »
  • Ensuite, vous pouvez pratiquer quelques étirements simples ou la salutations au soleil si vous la connaissez : avec le Hatha yoga, nul besoin d’être gymnaste, il suffit d’ouvrir son esprit.

 

Un massage pour prendre soin de soi

Pour ce massage tout simple à réaliser aussi souvent que vous le souhaitez, utilisez une huile neutre, de lavande (chez Weleda) par exemple :

  • Pétrissez d’abord vos pieds et vos mains comme de la pâte à modeler, mais sans douleur.
  • Massez ensuite en rond toutes les articulations (doigts, poignets, coudes, épaules, genoux…).
  • Terminez en massant vos membres, bras et jambes, en long de l’extrémité vers le cœur et en douceur.
© Brigitte MARTIN 2015